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"La guerre perdue du Vatican ? "

Le Monde

La Guerre perdue du Vatican Histoire d'une Église opposée à toute évolution Comme souvent, cet homme-là devait donner un pape de transition, ses électeurs n'attendant rien de lui, si ce n'est l'immobilité absolue. Or, à peine pape, en octobre 1958, conscient que seul il ne pourra rien contre la curie, son gouvernement réactionnaire, Jean XXIII (77 ans) décide de réunir tous les évêques du monde en concile afin que l'Eglise s'adapte aux temps nouveaux : ce sera Vatican II. Une tentative d'autocritique et d'ouverture sur la contemporanéité après les évolutions induites par deux guerres mondiales, les révolutions communistes, le bouleversement des moeurs et les progrès de la science... UN « MAI 68 » AVANT L'HEURE Entre 1962 et 1965, lors de sessions de deux ou trois mois, 2 500 évêques de toutes langues et nationalités vont se rencontrer pour la première fois, échanger, prendre le pouvoir et, au final, concocter un « Mai 68 » avant l'heure pour sauver leur Eglise, en dépit de l'opposition de la centaine de cardinaux et des quelque 400 prêtres qui forment la curie, luxueusement installée dans les palais de Rome. Aujourd'hui encore, un demi-siècle plus tard, « le Vatican exerce d'énormes pressions et use d'une terrible langue de bois pour ne pas reconnaître que le roi est nu, qu'il s'oppose totalement à Vatican II », commente Patrick Benquet, réalisateur de La Guerre perdue du Vatican - et auteur distingué notamment pour sa série « Françafrique » (2 × 80 min). C'est en donnant la parole à l'un des plus bruyants parmi les catholiques traditionalistes actuels, totalement « décomplexé », que le réalisateur permet de se faire une idée de la guerre de cinquante ans entre réformistes et réactionnaires qui se déclare dès l'ouverture de Vatican II, en 1962. Une lutte sans merci retracée avec brio dans ce film. « C'est fini Mai 68 ! C'est fini Vatican II ! C'est du passé, un passé mauvais ! », martèle l'abbé Laguérie, directeur de l'institut Bon Pasteur. A la grande qualité des images et du rythme de son documentaire, Patrick Benquet, grâce à deux ans d'enquête, ajoute le poids de très précieux témoignages : tant sur la formidable ouverture d'esprit des pères conciliaires pendant Vatican II que sur la chape de plomb de plus en plus obscurantiste apposée sur cette « perversion » par les papes suivants (Paul VI, Jean-Paul II et Benoît XVI aujourd'hui). Au point, le saviez-vous, que depuis 2011, grâce au pape actuel, tout catholique est en droit de demander que la messe à laquelle il assiste soit dite en latin... « Les évêques sont réticents, en particulier en France. Alors il faut les vaincre lentement. Mais il faut les vaincre ! », note gracieusement l'abbé Laguérie, sûr et certain de parvenir à ses fins. Rien n'y a fait, donc, pas même les foules de plus en plus hystériques de pentecôtistes : aujourd'hui encore, c'est panique au Vatican !

Libération

« Vatican II, la messe est inédite » C'est dit sans détour : la thèse du documentaire « La guerre perdue du Vatican » est dans le titre. Cinquante ans après le concile Vatican II, qui a préconisé des réformes radicales - messe face aux fidèles, dans la langue locale et non plus en latin -, la question n'est plus de savoir ce qu'il reste du concile, mais de comprendre comment ce concile a provoqué une guerre entre traditionalistes et réformistes, qui pourrait bien mener l'Église à sa perte. C'était cependant pour faire « l'autocritique » de l'Église, et pour la « dépoussiérer », que le pape Jean XXIII, en 1962, décide de réunir un concile des 2 500 évêques du monde entier, à Rome. Face à l'histoire, aux progrès de la science, la morale traditionnelle est remise en cause ; l'Église, totalement déconnectée de la société, va mal. Mais « en voulant ouvrir les fenêtres de l'Église sur le monde, Jean XXIII prend le risque de l'achever, prévient le commentaire du docu, réalisé par Patrick Benquet (Françafrique, Sale Temps sur la planète). Car au lendemain du concile, une guerre fratricide va diviser l'Église en deux camps irréductibles ». D'un côté, des évêques plutôt promoteurs d'une Église moderne et ouverte, au service des pauvres, inspirés par l'expérience des prêtres ouvriers et par la Théologie de la libération en Amérique latine. De l'autre, la curie (le gouvernement de l'Église), très conservatrice, qui va tout faire pour freiner les réformes. Alors que le concile s'était prononcé en faveur de la contraception, Paul VI, le successeur de Jean XXIII, retirera la question de l'ordre du jour, sous la pression de la curie. Depuis Vatican II, l'Église est donc assez largement contestée. Par les réformistes d'un côté, frustrés de n'avoir pu aller plus loin. Par la frange réactionnaire, de l'autre, qui fait tout pour liquider l'héritage du concile. Avec un certain succès : depuis 2007, sous le pontificat de Benoît XVI, un décret permet aux fidèles de demander la « messe extraordinaire », dos aux paroissiens et en latin. Autre opération séduction, le pape actuel a aussi levé l'excommunication de certains schismatiques. Des mains tendues pour faire revenir dans le giron de l'Église les traditionalistes, minoritaires (150 000 sympathisants) mais dynamiques. Son prédécesseur, Jean Paul II, en prend aussi pour son grade. Il n'a pas soutenu les prêtres porteurs de la Théologie de la libération, trop proches selon lui des idées communistes. Mais leur a préféré l'Opus Dei et les Légions du Christ, appuyés par les dictatures de Franco et de Pinochet. Bien construit et mis en images avec de passionnantes archives, le documentaire parvient à donner de la chair à ces débats et à leurs rebondissements. Le propos est dense, mais le film parvient à expliciter les influences historiques sur les positions de l'Église. Et à prouver que les turbulences post-concile ont assis le pouvoir des courants traditionalistes. Dans le même temps, la Guerre perdue... dresse un état des lieux désastreux de l'Église aujourd'hui. Et s'achève sur une pirouette : l'Église se perd dans ses luttes d'influence, alors qu'elle subit la concurrence des évangéliques, puissants et prosélytes. Rome a trahi Vatican II, mais « est-ce encore le problème ? »

Sud Ouest

Vatican II, et après ? Le réalisateur Patrick Benquet a enquêté sur les promesses non tenues du concile Vatican II. Une guerre interne de cinquante ans. Pour le réalisateur Patrick Benquet, c'est ce que vit l'Église catholique depuis la fin du concile Vatican II. Un conflit opposant, sur les bords du volcan du schisme, anciens et modernes, tenants d'une Église inscrite dans son siècle à fervents de la tradition. Au commencement, en 1958, était un pape présumé de transition : Jean XXIII. Les rondeurs de l'ancien nonce adulé du Tout-Paris quand il y représentait le Vatican cachaient un prélat moderniste qui rétablit les prêtres ouvriers, conscient que l'Église devait s'adapter à un nouveau monde. Il organise donc, il y a un demi-siècle tout juste, le premier concile depuis quatre-vingts ans. Il devait durer quinze jours, pensaient les tout-puissants membres de la curie romaine. Mais les évêques du monde vont prendre le dessus, et les débats dureront jusqu'en 1965. Le réalisateur a interrogé les principaux acteurs du demi-siècle qui a suivi cette révolution dont, estime-t-il, les promesses ne seront pas tenues. Des évêques - dont Mgr Etchegaray - racontent l'extraordinaire modernité de ce concile qui voulait sauver l'Église de son dépérissement. Les traditionalistes dévoilent quant à eux leurs ambitions réelles - la liquidation du concile et le retour à la tradition. Une « liquidation » qui a commencé dès 1968 avec l'interdiction par Paul VI de la contraception. Ses successeurs ont continué, notamment Jean-Paul II, qui, venu de Pologne, s'inquiétait tant du communisme qu'il s'appuya pour lutter contre lui sur les obscurantistes conservateurs de l'Opus Dei et sur le peu recommandable fondateur des Légions du Christ.

Télérama

Le 11 octobre 1962 débutait le concile Vatican II. Prévu pour durer quinze jours, le rassemblement des 2 500 évêques va se poursuivre jusqu'en 1965, et révolutionner deux millénaires de christianisme. Dans la liturgie (abandon de la messe en latin) comme dans le dogme : les pères conciliaires prônent la liberté de conscience, remettent en cause l'infaillibilité pontificale et veulent accompagner les évolutions de la société. C'est le début d'un conflit entre modernes et conservateurs qui déchire encore les catholiques cinquante ans après. Dans un documentaire riche en témoignages des deux camps - et dense à la limite de l'étouffe-chrétien -, Patrick Benquet pointe l'ambiguïté des papes qui, s'ils ont excommunié les schismatiques les plus enragés et n'ont pas officiellement remis en cause les acquis du Concile, ont encouragé en coulisse les tenants de la tradition. L'image progressiste de Jean-Paul II en prend pour son grade quand le film explique, archives à l'appui, que le souverain pontife a tout fait pour réduire l'influence des Théologiens de la libération en Amérique latine et a soutenu, malgré les scandales de corruption et de pédophilie, les mouvements les plus réactionnaires comme l'Opus Dei et les Légionnaires du Christ. Aujourd'hui, les « tradis » semblent avoir gagné la guerre du Vatican. Mais c'est une victoire à la Pyrrhus, rappelle le réalisateur : l'Eglise, vieillissante et concurrencée par les mouvements évangéliques, est plus que jamais en crise...

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